Situation des contractuels à l’INRA

Logo de l'INRA, Institut National de Recherche Agronomique

Ce qui suit est une lettre rédigée par les CDD de l’INRA de Bordeaux – Aquitaine pour lequel j’ai travaillé suffisamment longtemps pour être directement concerné (thèse + CDD, j’explose les 3 ans dont ils parlent : 3 ans de thèse, 1,5 ans de CDD INRA/ARN, 3 ans de CDD Université de Bordeaux 2 + quelques mois ici et là…). Cette lettre fait partie d’un document plus important qui a été publié par les scientifiques du centre à l’occasion des Assises de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur de Septembre 2012 (disponible ici en pdf : Assises Recherche INRA Bordeaux)

La Recherche, c'est le piedObjet : Situation des contractuels à l’INRA

Nous sommes un groupe de précaires travaillant à l’INRA et nous souhaitons vous faire part de notre immense inquiétude face à la situation dramatique des contractuels à l’INRA, et plus généralement
dans la Recherche Publique Française.

Post-doctorants, ingénieurs, techniciens et personnels administratifs travaillons sur des contrats à durée déterminée globalement financés au travers des EPST par l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR), l’European Research Council (ERC), par des contrats industriels que nos laboratoires ont obtenus ou par des bourses obtenues au mérite provenant de différentes associations. Consécutivement à la Loi Sauvadet du 13 Mars 2012, dont la mise en pratique dans les EPST est toujours attendue, nous risquons de nous retrouver au chômage puis forcés à nous reconvertir ou à partir à l’étranger.

A l’inverse de son titre1 et de son objectif premier, la loi Sauvadet intensifie la précarité des CDD. En effet, cette loi a été élaborée selon des critères si restrictifs qu’elle ne peut permettre la « CDIsation » et/ou la titularisation que d’un nombre très limité de précaires. La loi Sauvadet exige qu’à la date du 13 mars 2012, le candidat à la CDIsation soit en contrat dans une administration dans laquelle il aura cumulé 6 ans d’ancienneté dans un poste identique sur une période de référence de 8 années. Dans le même temps, la Loi qui sert de fondement au recrutement dans la fonction publique de personnel
en CDD stipule que la durée maximale de contrat en CDD ne peut dépasser 6 ans. Ainsi seuls les CDD ayant atteint 6 ans d’ancienneté fin mars 2012 était CDIsables.

Dès 2011, alors que la loi n’était pas encore votée, une note de service INRA est sortie pour se prémunir d’un trop grand nombre de candidats à la CDIsation ou à des postes sur concours réservés. Au delà de 3 ans d’ancienneté tous EPST confondus et malgré d’éventuelles interruptions de contrats, toutes les signatures de CDD ont été bloquées.

Nous nous retrouvons donc dans une situation absurde où nous ne sommes pas CDIsable et où nous ne pouvons pas non plus prolonger nos CDD. Le comble c’est qu’aujourd’hui nous n’agissons même pas pour obtenir un CDI mais seulement pour pouvoir continuer à faire le travail que nous aimons, même dans la précarité.

Pensez à nous tous qui nous sommes dévoués avec passion à l’INRA, et qui allons nous retrouver du jour au lendemain mis dehors, sans plus aucun espoir de réintégrer la Recherche Académique Française, pour une question de durée de contrat et non de compétences. En effet, en réduisant d’un côté les concours sur titre et travaux dans les EPST et en handicapant de l’autre le recrutement constructif de contractuels qualifiés, quelles perspectives nous sont aujourd’hui offertes ? L’opération de « résorption de la précarité » n’est pas un franc succès car ce sont des milliers de jeunes scientifiques chômeurs que la France aura d’ici peu !

A cause des interprétations abusives de cette loi de la part de nos organismes de tutelle, nos laboratoires vont progressivement se vider de toute une partie de leur personnel qualifié et expérimenté. Les directeurs de laboratoires ne peuvent que constater la double peine qui leur est infligée : ni prolongation de CDD quand bien même ils en auraient les moyens et la volonté, ni ouverture de postes externes pour offrir une possibilité de titulariser les bons éléments.

La Recherche Publique en France est menacée : nos laboratoires vont subir de plein fouet une perte de compétences sur les années à venir et de fait perdre toute compétitivité à l’échelle internationale. Pour compenser, et en l’absence d’ouverture de postes, ils devront en permanence recruter des gens inexpérimentés qui n’auront jamais eu de contrats. Une fois formés et opérationnels, ces personnels devront quitter l’établissement au bout de trois ans, faute de pouvoir signer un nouveau contrat. Ce palliatif n’aura pas une grande espérance de vie. Depuis quelques années déjà, l’absence cruelle de débouchés dans la recherche se fait connaître : nous observons déjà à l’université qu’il y a de moins en moins d’étudiants en Master Recherche. Ils fuient, avec raison, cette précarité qui leur est promise. Dans les unités de recherche, c’est la volonté des permanents de former de nouveaux arrivants qui s’épuise. Tout cela sans compter les salaires proposés en France qui ne sont pas attractifs pour les chercheurs étrangers.

Le choix politique de la direction générale de l’INRA doit donner à la recherche les moyens de ses ambitions : une recherche de plus en plus diversifiée, d’excellence et compétitive dans un contexte international. La gestion actuelle des forces humaines scientifiques et techniques est une contradiction qui place l’institut, son personnel permanent et non permanent, dans une situation difficile à tenir à court terme et impossible sur le long terme. Par décision politique, l’argent public est orienté vers des systèmes de financements (ANR, Europe, etc.) ne dépassant pas quelques années et qui favorisent l’emploi d’une main d’oeuvre en CDD plutôt que titulaire. Il est urgent de mettre en adéquation la gestion des ressources humaines avec les ambitions affichée pour la recherche publique. L’idéal est bien sûr à trouver dans la création de postes de titulaires. Cependant, si le
système actuel de financement de la recherche doit perdurer, il faudra être pragmatique sans oublier le côté humain. Pourquoi ne pas créer de CDD longue durée ou mieux encore de CDI financés sur projets via les unités et dont les périodes inter-projets seraient garantis par les EPST. Au minimum, et de façon urgente, il convient de lever tous les obstacles existants au renouvellement de CDD dans la recherche publique et donc en particulier à l’INRA.

Nous vous remercions par avance de votre considération.

Le collectif de précaires de l’INRA Bordeaux – Aquitaine

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *