Évolution de la mortalité cumulée lors de l’Épidémie de virus Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014

Cet article sur l’épidémie de virus Ebola a été rédigé en avril 2014 (ce qui rend certains paragraphes obsolètes) puis agrémenté d’une nouvelle partie en juin 2014 puis en juillet 2014 (en fin d’article) mais pour chacune de ces parties, les données chiffrées et les graphiques résultants sont mis à jour dès que possible jusqu’en 2016.

[Texte publié le 23 avril 2014 et mis à jour le 8 juin 2014]

[Données chiffrées mises à jour le 13 janvier 2016]

Note : depuis le 5 septembre 2014, l’OMS publie (enfin !) régulièrement un rapport de situation qui propose le même type de graphiques que ceux que je fais ici depuis le mois d’avril (avec des cartes en bonus). Je continuerais à faire mes graphiques pour mieux assimiler les données mais sachez donc que ce sera toujours un peu plus frais à cette adresse : Rapports de l’OMS

Préambule : pourquoi m’intéresser à cette épidémie de virus Ebola ?

Je me suis mis à suivre ces évènements et ces chiffres (synthétisés dans le graphique ci-dessous) parce que le virus Ebola est une des maladies virales les plus terribles avec des forts taux de mortalité (jusqu’à 90 %) et a une certaine « aura ». Mais bon, mon premier contact avec la maladie a été le film « Alerte ! » qui m’a marqué suffisamment pour que je tilte à chaque fois que j’entends parler du virus Ebola (c’était pourtant une belle merde…). Loin de moi l’idée de faire du buzz sur cette tragédie (ou d’en profiter) : j’en parle abondamment sur d’autres canaux de discussions plus privés (ex: Facebook) et c’est plus pratique pour moi de stocker ici et mettre à jour les données que je peux tirer de mes lectures sur le net à ce sujet. Et plutôt que de stocker des données brutes et de réserver mes interprétations aux rares personnes qui me suivent sur Facebook, je fais un effort de rédaction sous la forme de l’article que vous commencez à lire.

Comparaison entre les décès liés au virus Ebola et ceux provoqués par le SIDA ou la malariaIl ne faut pas se voiler la face, l’épidémie actuelle d’Ebola, c’est l’arbre qui cache la forêt : le paludisme (malaria) fait plus de 500 000 morts par an alors que le nombre total de décès dus au virus Ebola depuis 1976 ne doit pas excéder 2 000 personnes. Si ces chiffres astronomiques restent trop abstraits pour vous, sachez que, pour rester plus proche de nous et de nos préoccupations quotidiennes, les allergies provoqueraient en France une surmortalité de l’ordre de plus de 20 000 décès par an. Pourquoi je dis ça ? Cette crainte occidentale exacerbée vis à vis du virus Ebola me semble injustifiée. Globalement les africains souffrent d’autres maux plus graves dont cette malaria citée plus haut sans compter les guerres, désastres économiques ou écologiques à propos desquels les occidentaux ne sont pas toujours innocents. Si le destin des africains ne chaut peu au lecteur de passage et que seule sa propre survie ne motive son passage ici, qu’il se rassure : même si le virus Ebola est transmissible d’homme à homme et qu’il est extrêmement virulente, il ne se transmet que par les fluides ce qui fait qu’une fois le malade détecté, les mesures pour protéger l’entourage sont relativement faciles à mettre en œuvre (ce n’est pas moi qui le dit mais un médecin de MSF). Dans ce qui suit, point de pathos ni de sensationnalisme morbide, juste de quoi combler notre besoin de compréhension.

Mortalité cumulée due au virus Ebola en Afrique de l’Ouest depuis janvier 2014

Mortalité cumulée due au virus Ebola dans chaque pays touché par l'épidémie de 2014 à 2016

[6 aout 2014] Ajout de nouveaux graphiques pour chaque pays

Evolution de la mortalité provoquée par Ebola en Guinée-Conakry en 2014-2015
Evolution de la mortalité provoquée par Ebola en Guinée-Conakry
Evolution exponentielle de la mortalité provoquée par Ebola en Guinée-Conakry
Evolution exponentielle de la mortalité provoquée par Ebola en Guinée-Conakry
Evolution de la mortalité provoquée par Ebola au Liberia
Evolution de la mortalité provoquée par Ebola au Liberia
Evolution exponentielle de la mortalité provoquée par Ebola au Liberia
Evolution exponentielle de la mortalité provoquée par Ebola au Liberia
Evolution provoquée par Ebola au Sierra Leone
Evolution provoquée par Ebola au Sierra Leone
Evolution exponentielle de la mortalité provoquée par Ebola au Sierra Leone
Evolution exponentielle de la mortalité provoquée par Ebola au Sierra Leone
Evolution de la mortalité provoquée par Ebola au Nigeria
Evolution de la mortalité provoquée par Ebola au Nigeria
Evolution de l'épidémie d'Ebola au Sénégal
Evolution de l’épidémie d’Ebola au Sénégal
Evolution de l'épidémie de virus Ebola au Congo (RDC)
Evolution de l’épidémie de virus Ebola au Congo (RDC)
Evolution de l'épidémie de virus Ebola aux Etats-Unis
Evolution de l’épidémie de virus Ebola aux Etats-Unis
Evolution de l'épidémie de virus Ebola en Espagne
Evolution de l’épidémie de virus Ebola en Espagne
Evolution de l'épidémie de virus Ebola au Mali
Evolution de l’épidémie de virus Ebola au Mali
Evolution de l'épidémie de virus Ebola au Royaume-Uni
Evolution de l’épidémie de virus Ebola au Royaume-Uni

Ce graphique qui est peut-être un peu fouillis a été construit sur la base des données officielles transmises régulièrement par l’OMS à propos de l’épidémie d’Ebola (EVD pour les intimes) qui sévit depuis le début de l’année 2014 en Afrique de l’Ouest (Guinée et Liberia principalement), la page en anglais est plus régulièrement alimentée que celles dans les autres langues. Les courbes en pointillé représentent le nombre cumulé de malades de l’EVD et en trait plein le nombre de décès associés, ce pour les trois pays où la maladie a été formellement repérée. Quand la courbe augmente, c’est qu’on a identifié de nouveaux cas (ou décès). Quand la courbe stagne, c’est qu’il n’y a plus de nouveaux cas et que l’épidémie s’arrête. Quand la courbe baisse, c’est que des analyses complémentaires ont permis d’infirmer des cas d’infection. Je me suis uniquement basé sur les dates données par l’OMS et les chiffres avérés, j’ai fais abstraction des gens qui ont sont seulement sous observation (parce que ces données, même si elles sont très intéressantes, ne sont pas données suffisamment régulièrement) : le fait est que cette région d’Afrique de l’Ouest est aussi touchée par une autre maladie endémique, la fièvre de Lassa qui atteint pas mal de gens (plus de 300 000 cas dont plus de 5 000 décès par an) mais qui est moins virulente (dans le sens où le taux de mortalité est plus faible) et certains malades/décès sont parfois attribués à Ebola (ou réciproquement) avant que des tests de détection (RT-PCR ou ELISA) confirment ou infirment ça.

Quelques rappels sur Ebola et de l’épidémie actuelle

Comme autre information, pour ceux qui ne suivent pas (à part les chiffres qui sont généralement très récents, ce que je raconte est déjà connu depuis une bonne semaine, c’est du réchauffé) : le virus Ebola est ce qu’on appelle un virus à ARN (-) du genre Filovirus. Son réservoir naturel sont certaines espèces de chauve-souris dont l’habitat couvre l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest. La réduction de cet habitat par la déforestation entraine une plus grande proximité avec les habitations et augmente les probabilités de transmission à l’homme. L’épidémie actuelle aurait été initiée en décembre 2013, un jeune enfant aurait contracté cette maladie et la personne qui l’a soigné aurait été atteinte elle aussi et aurait ensuite retransmis le virus jusqu’à ce qu’il se propage en Guinée puis au Liberia et dans une moindre mesure dans le Sierra Leone (deux personnes décédées au Sierra Leone auraient contracté la maladie lors d’un voyage en Guinée, les tests réalisés après ce rapatriement ont dévoilé que l’EVD est à l’origine de leur décès). Il y a des rumeurs de cas suspects au Mali, au Maroc ou au Ghana mais les analyses ont montré que ce n’étaient pas des cas d’Ebola. Actuellement fleurit une rumeur comme quoi un étage d’un hôpital de la région de Pise en Italie serait condamné et abriterait 40 malades d’Ebola mais tout porte à croire que c’est un canular, peut-être même une manipulation politicienne pour que le gouvernement italien prenne des mesures anti-migratoires étant donné que l’ile italienne de Lampedusa est le port d’arrivée et de rétention des immigrants clandestins en provenance d’Afrique au grand dam de la population locale excédée. Cette rumeur aurait trouvé un écho dans la fuite d’une circulaire du ministère italien de la santé qui aurait demandé au personnel hospitalier de Lampedusa de faire particulièrement attention aux immigrants malades. Faut pas être dans le secret des dieux pour deviner que chaque avion en provenance de Conakry doit être particulièrement surveillé dans les aéroports du reste du monde… Le fait que la majeure partie des sites internet qui relayent cette rumeur ont une note médiocre sur Web of Trust me conforte dans mon hypothèse.

Quizz : Avez-vous Ebola ?
http://www.vox.com/2014/9/30/6875459/calm-down-youre-not-going-to-get-ebola

Mon interprétation hasardeuse sur la situation en avril 2014

[Paragraphe obsolète en juillet 2014]

Ces chiffres (ceux que je présente dans le graphique comme les commentaires chiffrés que j’associe) ne veulent finalement pas dire grand chose (à part qu’il y a une épidémie en Guinée et au Liberia) : il y a sans cesse des ajustements en fonction des confirmations/informations de cas par les laboratoires d’analyse, les chiffres réels sont probablement un peu différents et les faibles variations de la courbe sont probablement des ajustements permettant de rapprocher la réalité officielle à la réalité du terrain. Comme on dit, ces écarts entre les chiffres officiels et la réalité du terrain me semblent être de l’ordre de l’épaisseur du trait. il suffit que des résultats concernant d’anciens décès arrivent pour que la mortalité officielle augmente d’un coup. C’est d’ailleurs ce que l’OMS dit dans ses communiqués.

En cette fin de mois d’avril, même si le nombre de malades augmente avec régularité, un béotien comme moi ne peut pas interpréter de manière sure ce qu’il se passe et encore moins où on va : il manque ces données cruciales dont j’ai fait référence plus haut, c’est-à-dire le nombre en temps réel de personnes sous observations. Imaginez que toutes les personnes ayant été en contact avec la maladie ait été mises en quarantaine et que tout risque de propagation soit définitivement écarté, ça n’empêcherait pas la courbe de mortalité cumulée d’augmenter pendant un certain temps. Ce que je veux dire par là, n’en déplaise à certains pessimistes, c’est que les annonces du gouvernement guinéen et de l’OMS (de mi-avril) qui déclarent que l’épidémie est en passe d’être contenue sont quand même cohérentes avec cette augmentation pour l’instant constante de malades et de mortalité. On ne sera en droit de s’inquiéter et de crier à la manipulation que si on n’observe toujours pas de stagnation de cette mortalité à partir de 42 jours après ces déclarations (donc fin mai 2014). A mes yeux, les seuls détenteurs de la vérité sur la situation actuelle, ce sont ceux qui sont en première ligne, les professionnels de santé en Guinée qui voient quotidiennement les malades/suspects arriver (ou pas) à l’hôpital.

Apparemment les difficultés proviennent des craintes de la population guinéenne : quand un cas est avéré/suspecté, les contacts potentiels sont invités à se rendre à l’hôpital pour être mis sous observation mais l’hôpital serait vu par les populations comme des endroits où on contracte la maladie et les contacts présumés ont tendance à ne pas se signaler. Pour contrer cette crainte, un grand effort de sensibilisation est réalisé sur place. Ajoutons à ça le fait que le personnel soignant est particulièrement touché étant donné qu’il est en première ligne. Ca ne doit pas rassurer les patients et encore moins le personnel soignant. Ca me fait penser aux ingénieurs de Fukushima qui sont restés sur place pour refroidir la centrale ou aux ouvriers de Tchernobyl qui sont allés bétonner le réacteur. Ce qui semble rendre l’épidémie difficile à contrôler, c’est que ce soit une nouvelle souche, à 97 % identique à la célèbre souche Zaïre qui a tué le plus de monde jusqu’à présent. 97 %, ça semble suffisamment proche mais j’ai moi même suffisamment étudié des virus pendant ma thèse pour savoir qu’une seule mutation sur 10 000 nucléotides suffit pour rendre une maladie particulièrement agressive. En l’occurrence, si j’ai bien compris, ce n’est pas ça qui se produit : la souche actuelle ne fait « que » 60 % de mortalité (au lieu de 90 %) et cette moindre pathogénicité s’accompagnerait malheureusement par un temps d’incubation plus long (ce qui explique après coup comment le patient n°2 a pu contaminer des gens aussi longtemps après avoir été infecté par le patient n°1). C’est inquiétant, en tout cas ça m’inquiète : les spécialistes disaient ces derniers mois que la « faiblesse » d’Ebola, c’est qu’il tue trop rapidement pour que la maladie se répande. Et là c’est le contraire qu’on observe…

Je tiens à signaler que malgré ma thèse en virologie, je ne suis pas du tout spécialiste d’Ebola loin de là ! Tout ce que j’expose ici n’est qu’interprétation d’informations de seconde main et de lectures assidues d’actualités et articles de fond sur le sujet. Je ne suis pas à l’abri d’une erreur de jugement, ne prenez pas mes réflexions pour parole d’évangile. D’ailleurs, si un épidémiologiste passe par là pour apporter de l’eau à mon moulin ou pour démentir tout ou partie de ce que j’ai raconté, il est le bienvenu.

Voilà pour l’instant, je ne pense pas refaire un article sur le sujet, je me contenterais de mettre celui-ci à jour.

Evolution mensuelle de l’épidémie, pays par pays

[Ajouté le 5 janvier 2015 2014]

Evolution mensuelle de l'épidémie de virus Ebola dans le monde
Evolution mensuelle de l’épidémie de virus Ebola dans le monde
Evolution mensuelle de l'épidémie de virus Ebola en Guinée-Conakry
Evolution mensuelle de l’épidémie de virus Ebola en Guinée-Conakry
Evolution mensuelle de l'épidémie de virus Ebola au Liberia
Evolution mensuelle de l’épidémie de virus Ebola au Liberia
Evolution mensuelle de l'épidémie de virus Ebola au Sierra Leone
Evolution mensuelle de l’épidémie de virus Ebola au Sierra Leone
Evolution mensuelle de l'épidémie de virus Ebola en République Démocratique du Congo
Evolution mensuelle de l’épidémie de virus Ebola en République Démocratique du Congo
Evolution mensuelle de l'épidémie de virus Ebola en Espagne
Evolution mensuelle de l’épidémie de virus Ebola en Espagne
Evolution mensuelle de l'épidémie de virus Ebola au Mali
Evolution mensuelle de l’épidémie de virus Ebola au Mali
Evolution mensuelle de l'épidémie de virus Ebola au Nigeria
Evolution mensuelle de l’épidémie de virus Ebola au Nigeria
Evolution mensuelle de l'épidémie de virus Ebola au Royaume-Uni
Evolution mensuelle de l’épidémie de virus Ebola au Royaume-Uni
Evolution mensuelle de l'épidémie de virus Ebola au Sénégal
Evolution mensuelle de l’épidémie de virus Ebola au Sénégal
Evolution mensuelle de l'épidémie de virus Ebola aux Etats-Unis
Evolution mensuelle de l’épidémie de virus Ebola aux Etats-Unis

Evolution hebdomadaire de l’épidémie d’Ebola, pays par pays

[Ajouté le 8 juin 2014]

En ce début du mois de juin 2014 advient une reprise de l’épidémie d’Ebola : d’abord en Guinée Conakry puis au Sierra Leone qui était jusque là épargné (si on fait abstraction des deux personnes décédées en Guinée mais inhumées au Sierra Leone). Le graphique précédent devient un peu plus complexe et je préfère ajouter des petits graphiques spécifiques à chaque pays dans lesquels ont été détectés des cas de virus Ebola :

Evolution hebdomadaire des nouveaux cas de malades et de décès dans le monde
Evolution hebdomadaire des nouveaux cas de malades et de décès dans le monde
Nombre de malades et de décès dus au virus Ebola survenant chaque semaine en Guinée-Conakry
Nombre de malades et de décès dus au virus Ebola survenant chaque semaine en Guinée-Conakry
Nombre de malades et de décès dus au virus Ebola survenant chaque semaine en Sierra Leone
Nombre de malades et de décès dus au virus Ebola survenant chaque semaine en Sierra Leone
Nombre de malades et de décès dus au virus Ebola survenant chaque semaine au Liberia
Nombre de malades et de décès dus au virus Ebola survenant chaque semaine au Liberia
Evolution hebdomadaire des nouveaux cas de malades et de décès au Nigeria
Evolution hebdomadaire des nouveaux cas de malades et de décès au Nigeria
Evolution hebdomadaire des nouveaux malades et décès dus à Ebola au Sénégal
Evolution hebdomadaire des nouveaux malades et décès dus à Ebola au Sénégal
Evolution hebdomadaire des nouveaux cas et décès dus à Ebola en république démocratique du Congo (Congo-Kinshasa)
Evolution hebdomadaire des nouveaux cas et décès dus à Ebola en république démocratique du Congo (Congo-Kinshasa)
Evolution hebdomadaire des nouveaux malades et décès dus au virus Ebola aux Etats-Unis (USA)
Evolution hebdomadaire des nouveaux malades et décès dus au virus Ebola aux Etats-Unis (USA)
Evolution hebdomadaire des nouveaux malades et décès dus au virus Ebola au Mali
Evolution hebdomadaire des nouveaux malades et décès dus au virus Ebola au Mali
Evolution hebdomadaire des nouveaux malades et décès dus au virus Ebola au Royaume-Uni
Evolution hebdomadaire des nouveaux malades et décès dus au virus Ebola au Royaume-Uni

Contrairement au premier graphique qui montre la mortalité cumulée jour après jour, ces trois derniers graphiques présentent le nombre de cas (malades et décès) survenus chaque semaine depuis la semaine 13 (en mars 2014). « Survenus » n’est pas le mot exact, il faut plutôt dire « détectés ». En effet, les personnes suspectées d’être infectés par le virus font l’objet de tests de détection (PCR, ELISA) et lorsque ces tests montrent finalement que certaines personnes n’étaient finalement pas infectées par Ebola mais par une autre maladie, les chiffres diminuent jusqu’à parfois devenir négatifs. Pour cette raison, concernant mes graphiques (d’autres personnes peuvent sans problème en faire de meilleurs), il vaut mieux d’intéresser aux tendances :

Guinée : Il y a trois pics de mortalités dans mon graphique, un au début qui reflète l’évolution de la maladie avant la semaine 13. Un pic en semaine 16 qui, alors que les opérations de lutte contre la maladie se mettent en place, reflète à mon sens plutôt une amélioration de la détection plutôt qu’une recrudescence. En revanche, le pic de la semaine 22 (actuellement) est une mauvaise nouvelle : alors qu’il y avait de moins en moins de cas détectés et que la fin de l’épidémie était envisagée, de nombreux cas surviennent. D’après les sources consultées, il semble qu’une frange de la population soit réticente aux soins…

Sierra Leone : alors qu’on observe une recrudescence d’Ebola en juin 2014 en Guinée, l’épidémie semble avoir passé les frontières et se propager dans le pays limitrophe, le Sierra Leone. La mortalité est encore faible mais au vu de la mortalité observée en Guinée (60%), il faut s’attendre à une brusque augmentation dans les semaines à venir.

Liberia : le pays a subit un début d’épidémie au mois de mars 2014 avec de nombreux cas qui ont été ensuite imputés à d’autres maladie (cf. pic négatif de la semaine 18). On observe quelques cas en juin mais rien qui ne soit de l’ampleur des crises similaires à la Guinée et au Sierra Leone.

Rythme de propagation de l’épidémie de Ebola en Afrique de l’Ouest

[Ajouté le 14 juillet 2014]

Rythme de propagation du virus Ebola pendant l'épidémie de 2014-2015
Rythme de propagation du virus Ebola pendant l’épidémie de 2014-2015
Evolution de la mortalité cumulée en Afrique de l'Ouest (et quelques autres pays touchés par Ebola), échelle logarithmique
Evolution de la mortalité cumulée en Afrique de l’Ouest (et quelques autres pays touchés par Ebola), échelle logarithmique

Voici un graphique basé sur la mortalité cumulée dans les trois pays touchés par l’épidémie de virus Ebola. On observe [le 14 juillet 2014] 4 parties :

  • mars – avril 2014 : La première crise en Guinée qui fait près de 150 victimes. Quelques rares cas au Liberia.
  • avril – mai 2014 : la première accalmie en Guinée, le nombre de malades détectés diminue. L’attention se relâche.
  • juin 2014 : la deuxième crise en Guinée. Extension de l’épidémie au Sierra Leone et dans une moindre mesure au Liberia. Le relâchement de l’attention des autorités sanitaires de Guinée-Conakry permet l’émergence de nouveaux cas avec des fuites dans les régions frontalières au Sierra Leone où la maladie se répand rapidement puis au Liberia.
  • juin – juillet 2014 : Accalmie en Guinée-Conakry (malgré les assertions des médias sociaux qui proclament la situation intenable en Guinée). Accélération de l’expansion de l’épidémie au Sierra Leone (avec un premier cas dans la capitale mi-juillet) et au Liberia.

Liens utiles

Page dédiée sur le site de l’Organisation Mondiale de la Santé (WHO)

Centre Européen pour le Contrôle et la Prévention des Maladies (ECDC) (tout ce qui concerne l’épidémie sur leur site)

Le site du CDC (américain ?) qui relaie les informations de l’OMS

Le site de Médecins Sans Frontière (MSF) qui bosse avec le gouvernement de la Guinée (pages relatives à l’épidémie actuelle)

La page du site du ministère de la santé qui est dédiée (avec toute une liste d’autres liens officiels mais moins utiles pour se tenir au courant)

Actualités sur Twitter (beaucoup de travail pour trier le bon grain de l’ivraie…). Je ne mets pas les actualités Google, elles sont inutiles si vous suivez les liens précédents dans la mesure où les médias traditionnels mettent plusieurs jours pour restituer ne serait-ce que les annonces officielles de l’OMS.

Ebola, c’est quoi ? Article de Daniel Glazman présentant Ebola et les autres virus du genre Filovirus auquel appartient le virus Ebola

Ebola, une épidémie qui ne doit rien au hasard, par Marius Gilbert (sur le blog de Paul Jorion), un article sur les « origines du virus ».

This Is How The Ebola Epidemic Might Spread If It’s Not Contained

Voilà à quoi servent l’étude des chiffres sur l’épidémie : à prévoir les prochains mouvements (du virus et de ceux qui luttent contre lui)

Dans le lien ci-dessous dont ce billet est un commentaire, nous avons une étude prédictive réalisée au début du mois d’aout 2014 qui tentait de prédire quels étaient les pays les plus susceptibles d’être touchés si on se basait sur les décès depuis juillet 2014.

http://io9.com/this-is-how-the-ebola-epidemic-might-spread-if-its-not-1630615528

Article scientifique originel

Il y a notamment un TOP16 des pays les plus à risque (dont la France et quatre autres pays non africains font partie). Le modèle s’avère être valide pour deux pays seulement, le Nigeria et le Sénégal. Pourquoi ne s’est-il pas vérifié pour les autres ? Je tente de répondre mais je suis ouvert aux commentaires des autres.

Déjà, il faut voir les pourcentages de probabilité. Au 1er septembre, tout est en dessous de 10%, à vue de nez plutôt proche de 1%. Ca veut dire 90-99% de probabilité qu’il ne se passe rien.

Entre temps, le virus mute (probablement moins mortel mais c’est pour mieux se transmettre…) et les pratiques de prévention et de prise en charge aussi. Mine de rien, ça n’accélère pas tellement au Sierra Leone et à peine un peu en Guinée où chaque mini-crise est prise en charge au point que la survenue de nouveaux cas ralentit à chaque fois. Effectivement, si tout se mettait à se passer comme au Liberia où l’épidémie accélère avec une régularité similaire au modèle prédictif (cf article précédent), on pourrait « s’amuser » à tenter ce genre de prophétie. Mais ce n’est pas le cas. Je pense que le modèle utilisé est trop simpliste ou du moins, parce que je ne veux pas dénigrer la tentative de modélisation, que la situation.pays par pays complexifie trop la prédiction.

De mon point de vue de béotien, je pense qu’il manque quand même des éléments de réflexion : A un moment, ça va naturellement se tasser au Liberia (parce que les gens auront moins de contact, la maladie délite le lien social). Mais dans les pays touchés, le personnel soignant subit lui aussi une pression, si le personnel est trop touché, ça risque de s’aggraver (et encore, ce n’est pas dit : il me semble que les premières épidémies se sont arrêtées parce que les soignants étaient décédés et que les gens, mourant chez eux au lieu d’un hôpital, ne transmettait plus le virus). En fonction du timing entre le moment où ça va se tasser au Liberia et celui où ça va craquer trop fort pour le personnel soignant, ça aura un impact sur l’ensemble de l’épidémie. Soit parce que dans le cas pessimiste, les gens seraient débordés, soit, dans le cas optimiste, parce que les moyens de lutte pourraient être redistribués pour une meilleure efficacité. Mais bien malin qui pourra prédire ce timing à ce jour.

Enfin, il y a la situation dans les pays nouvellement touchés (c’est à dire le Sénégal, le Nigeria et le Congo même si ce n’est pas la même souche). Le Nigeria est 40 fois plus peuplé que le Liberia. Et même si je ne connais pas la densité démographique du pays, la porosité des frontières, la situation politique et encore moins l’impact que ça peut avoir sur la dissémination du virus. Je pense que s’ils perdent le contrôle dans ce pays, ce sera des besoins humains encore plus importants (et on ne fait pas des médecins à coup de milliard, il faut du temps) et une pression sur les autres pays encore plus forte au point que ce qui se passe actuellement au Liberia ne passe au final pour un épiphénomène.

Pour l’instant, au Nigeria, même s’il y a des couacs (un patient qui a fuit pour créer un nouveau foyer d’infection), on dirait qu’ils gèrent.

Pour conclure, je donne l’impression de beaucoup parler d’Ebola mais proportionnellement à la frénésie médiatique actuelle (cette phrase fait beaucoup référence à mon activité sur les réseaux sociaux), je me retiens. Je suis persuadé qu’il fallait paniquer quand j’en parlais au début, en mars-avril, ça aurait changé la donne. Maintenant, on ne peut qu’être spectateur. Malgré les cris et les pleurs sur le net, l’épidémie fait rage mais elle fait rage de la même manière que depuis début juillet.

Malheureusement, en Afrique de l’ouest rien de nouveau…

Disclaimer :

Je tiens à préciser que ce n’est que mon avis de passionné par le sujet. Mes diplômes me permettent à peine d’imaginer comment peut évoluer un tel virus peut évoluer au fil des ans (en supposant que les virus de plantes et d’animaux évoluent de la même façon) mais pas d’être catégorique pour commenter régulièrement l’actualité de l’épidémie d’Ebola. Je le fais quand même mais ne prenez pas mes propos comme parole d’évangile.